Depuis les récentes précisions du BOFiP et les aménagements votés dans la loi de finances 2026, préparer la transmission d’une société sous le pacte Dutreil réclame davantage d’anticipation et de méthode. Au-delà de l’abattement fiscal de 75 % sur la valeur des titres, il faut désormais s’intéresser aux biens que détient l’entreprise, à leur affectation et à la preuve que vous pouvez fournir. Voici un guide pratique pour éviter les pièges et optimiser la transmission.
Quels biens peuvent remettre en cause l’exonération Dutreil
La nouveauté la plus redoutée concerne certains biens détenus par la société qui peuvent être exclus de l’exonération. Il s’agit notamment des véhicules de tourisme, yachts, avions privés, bijoux, objets d’art, chevaux de compétition, vins et alcools, ainsi que des logements lorsqu’ils ne sont pas exclusivement affectés à l’activité. La valeur des titres correspondant à ces biens peut être dessaisie de l’avantage fiscal.

Attention toutefois à ne pas tout généraliser. Un outil de production, un local loué à des clients ou un véhicule utilisé exclusivement pour l’activité peuvent rester éligibles. Le critère clé est l’affectation effective et exclusive au service de l’entreprise.
Comment prouver que l’actif est affecté à l’activité professionnelle
La preuve repose sur des éléments concrets et documentés. Les tribunaux et l’administration fiscale regardent l’ensemble du dossier pour décider si l’affectation est réelle. Les éléments qui font le plus souvent la différence sont factures, contrats, modalités d’utilisation, et l’objet social de la société.
Les défauts de preuve habituels que l’on observe sont l’absence de facturation interne pour l’utilisation d’un bien, des conventions non signées, ou un usage mixte non tracé. Si vous comptez sur un bien pour rester éligible, rassemblez tout ce qui montre un usage professionnel strict et continu.
Quand faut-il commencer l’audit des actifs pour une transmission
La règle impose que l’affectation exclusive des biens concernés soit respectée pendant au moins trois ans avant la transmission ou depuis leur acquisition si celle-ci est plus récente. Autre changement majeur, la période de conservation minimale des titres par les bénéficiaires est passée à six ans pour les transmissions depuis le 21 février 2026.
Cela signifie qu’il est prudent de lancer l’audit au moins trois ans avant la date prévue de donation ou succession. Dans la pratique, commencez plus tôt encore si l’entreprise détient des biens immobiliers ou des actifs à usage mixte.
Quels documents constituer pour sécuriser un pacte Dutreil
Constituez un dossier probant et horodaté. Les documents suivants sont ceux qui rassurent le plus l’administration et les conseils juridiques :

- statuts et objet social à jour
- contrats de location, de mise à disposition ou de prestation liés aux biens
- factures et journaux comptables prouvant l’usage professionnel
- procès-verbaux ou décisions internes précisant l’affectation
- preuves de non-utilisation personnelle pour les biens sensibles
Faut-il impérativement sortir les biens non éligibles de la société
La réponse dépend du poids que ces biens représentent dans la valorisation de la société. Si la voiture personnelle vaut 2 % de la valeur totale, l’impact fiscal restera modéré. Si un immeuble de rapport représente 40 % de l’actif, la sortie peut devenir indispensable.
Plusieurs stratégies existent selon le cas
- vendre le bien à un tiers avant la transmission
- le louer à la société via une structure distincte afin de clarifier l’affectation
- réévaluer la structure patrimoniale et envisager une distribution anticipée
Comment estimer la fraction de titres réellement exonérée
Il faut isoler la valeur des titres qui correspond aux actifs exclus et soustraire cette part de la base éligible. En pratique, on réalise une valorisation globale de l’entreprise, on identifie la valeur des biens exclus et on calcule la fraction des titres non protégée par l’exonération de 75 %.
Une simulation simple peut suffire pour une première appréciation mais, pour des enjeux importants, faites réaliser une valorisation par un expert indépendant afin d’éviter des redressements ultérieurs.
Erreurs fréquentes observées chez les dirigeants
Parmi les comportements à risque que l’on retrouve souvent, notons
- attendre la dernière année pour lancer l’audit
- ne pas formaliser l’usage professionnel par écrit
- confondre immobilier professionnel et résidence de fonction personnelle
- ne pas simuler l’impact fiscal des biens exclus avant la transmission
Tableau pratique pour classer vos actifs et choisir une action
| Type d’actif | Risque courant | Preuve acceptée | Solution possible |
|---|---|---|---|
| Véhicule de tourisme | Usage mixte personnel | Contrat de mise à disposition, factures d’entretien, kilométrage pro | Leasing professionnel ou vente avant donation |
| Local commercial | Parties non affectées à l’activité | Bail commercial, factures de loyers, contrats clients | Requalification ou séparation des locaux |
| Œuvres d’art et bijoux | Usage privé évident | Contrats de prêt, factures d’exposition professionnelle | Sortie de l’actif ou transfert à holding dédiée |
| Équipements loués | Contrats insuffisamment documentés | Contrats de location, journal de facturation | Renégociation des contrats et traçabilité |
Que vérifier chez vos conseillers avant de finaliser la transmission
Assurez-vous que votre expert-comptable et votre avocat fiscaliste simulent plusieurs scénarios et chiffrent l’impact net après droits de donation ou succession. Vérifiez aussi que les pactes existants, conventions d’actionnaires ou clauses d’agrément ne créent pas d’obstacles opérationnels ou fiscaux à la stratégie retenue.
Enfin, notez que l’administration peut demander des éléments rétroactifs. Conserver une traçabilité claire des décisions et des justifications permet souvent d’éviter un redressement coûteux.
Questions fréquentes
Quels biens sont exclus du pacte Dutreil
Les biens à usage personnel comme voitures de tourisme, yachts, œuvres d’art, bijoux, certains vins et logements non affectés exclusivement à l’activité peuvent être exclus.
Depuis quand s’appliquent les nouvelles règles
Les précisions administratives récentes interviennent après la loi de finances 2026 et concernent en pratique les transmissions réalisées depuis le 21 février 2026.
Combien de temps faut-il conserver les titres
Pour les transmissions récentes, les bénéficiaires doivent conserver les titres pendant six ans.
Que faire si un actif n’a pas l’affectation requise depuis trois ans
Il faut envisager la sortie du bien avant la transmission, reporter l’opération ou documenter au mieux l’utilisation professionnelle si possible.
Est-il indispensable de faire une valorisation
Oui si l’actif exclu représente une part significative de la valeur de la société. Une valorisation permet de chiffrer l’exonération réellement obtenue.
Quels documents rassurent l’administration
Statuts, contrats, factures, baux, procès-verbaux et toute pièce montrant l’usage exclusif professionnel.
Articles similaires
- Impôt sur la vente d’une maison héritée : ce que vous devez savoir
- La CFDT propose de taxer les héritages dès 1 € : quels héritiers seraient concernés ?
- Comment faire une déclaration de don manuel en ligne : les étapes à suivre
- Décès : Y a-t-il toujours une succession ? Ce que vous devez absolument savoir en 2025
- Activités économiques des associations : obligations, fiscalité et limites

Camille Leclerc se spécialise dans les questions de tourisme et de patrimoine. Elle allie une approche pratique avec une passion pour la mise en avant des richesses locales.